Vivre l’instant ou anticiper ?

 

 

Nous le savons tous, vivre l’instant présent et se relier à ce qui est là, maintenant, tout de suite, est une voie de sagesse et d’enracinement dans la seule réalité qu’il nous soit donnée de vivre… Comme le dit Richard Moss « mon histoire commence maintenant ». Donc je peux renaitre et recommencer à chaque instant, réinventer ma vie, comme si chaque souffle était mon premier souffle.

Mais nous les thérapeutes qui accompagnons tant de gens en difficulté et en souffrance de leur passé, nous savons à quel point, notre présent est déterminé par ce que nous avons vécu, subi, mal intégré dans notre passé et en particulier dans notre enfance. Néanmoins, on ne peut pas véritablement guérir le passé, mais on peut guérir des conséquences du passé dans notre présent. Et c’est là d’ailleurs que le travail est à faire, travail de réconciliation avec ce qui a été et ce qui demeure encore actif en nous aujourd’hui.

Et quid du futur ? Si on peut vivre sans penser à hier, c’est plus difficile de ne pas se projeter dans le futur, parce que nous avons tant de choses à prévoir, à anticiper… Et ne pas le faire nous serait très préjudiciable. Mais l’important c’est de savoir où l’on vit, maintenant ou dans un futur projeté, imaginé, imaginaire ? L’important, c’est de pouvoir anticiper pour mieux gérer sa vie, ses options, ses choix, ses priorités, mais sans se quitter, sans tomber dans les affres des émotions que trop d’anticipations peuvent faire naître. Et c’est tout un art ou plutôt tout un apprentissage. Il faut d’abord être conscient de ce mécanisme de projection exagérée dans le futur et de là où on se perd, ensuite repérer les échos émotionnels que cela provoque. Si mon anticipation est réellement fonctionnelle, alors pas de problème, c’est une manière juste de planifier ce qui doit l’être, mais si en « étant dans le futur », j’ai des réactions émotionnelles problématiques liées à cette anticipation, alors là, je peux me dire que je tombe dans un déséquilibre dommageable, que je me crée des problèmes pour quelque chose qui n’existe pas et dont je ne connais ni le déroulé, ni l’issue. Ce faisant, je me pourris mon présent et ne me prépare pas à un avenir aisé.

Si je parle de cette problématique aujourd’hui, c’est qu’elle est fréquente pour beaucoup d’entre nous, moi y compris. C’est si facile de se perdre dans des pensées négatives, dans les émotions créées par ces pensées négatives, de s’angoisser pour quelque chose qui n’existe pas encore et de gâcher le maintenant par un plus tard, un peut-être, un ailleurs…

C’est vrai qu’on se laisse prendre si facilement à ce « jeu » qu’on se perd très souvent et sans même s’en rendre compte et qu’au lieu de vivre sa vie telle qu’elle est, on vit dans une création mentale et émotionnelle qui nous coupe de toute relation profonde avec la vie telle qu’elle est.

Comment remettre les choses à leur place et relier tout cela de manière fluide ?

Il n’y a pas se solution simple ni de recette, ou alors, je ne les ai pas encore trouvées.

Mais ce que je peux partager, et qui rend la vie beaucoup plus facile, c’est d’une part de véritablement prendre conscience de ce phénomène psychologique si commun et si fréquent et de réaliser combien nous perdons notre énergie quand nous n’habitons notre présent. C’est la toute première étape.

Ensuite le meilleur moyen et le plus efficace pour revenir dans le présent, c’est de revenir dans le corps. Notre corps ne peut faire autrement que d’habiter dans le présent. Il est un guide formidable pour cela. Et plus précisément encore, notre souffle qui est notre reliance à la vie. Quoique nous vivions, que ce soit magnifique ou désespérant, notre souffle est toujours là et nous rythme la présence du vivant en nous. C’est peut-être ça le vrai miracle. Devenir ami avec notre souffle et jouer avec, pour lui donner de l’espace, de l’ampleur. Si je me relie à mon souffle, je suis pleinement présente à ce qui est, à plusieurs niveaux, organique, émotionnel et même spirituel ; le souffle divin qui m’anime me relie à tout ce qui est vivant. La nature vit, vibre et moi avec. Je ne peux faire l’expérience de cela que dans l’instant présent.

Alors parfois, offrons-nous de débrancher du futur qui parfois peut nous obséder parce que nous ne le contrôlons pas et effectuons un retour vers le présent, et vivons la joie toute simple d’être vivants et reliés.

Bernadette Blin