Retour de Prague

Prague est une des villes d’Europe qui me touche beaucoup à chaque fois que j’y vais. Mais cette fois, ce fut encore autre chose : Le rassemblement de ce qu’on peut appeler « la communauté transpersonnelle ». Plus de 1000 personnes venues de tous les continents se sont réunies en plein cœur de l’Europe pour réfléchir, méditer, expérimenter sur le thème « Beyond Materialism, towards Wholeness » (Au-delà du matérialisme, vers la complétude).

Avec EUROTAS, l’Association Européenne du Transpersonnel, dont je suis la présidente, nous étions en charge du pôle « Inner Ecology, Collective Psyche and Global Transformation ». Ce thème s’est imposé, tant la situation de notre monde est critique et nous oblige à nous positionner. La vision transpersonnelle et les valeurs qui en découlent peuvent contribuer à faire pencher la balance du côté où il y a du renouveau et un futur.

Ma conférence plénière a porté sur ce thème. Notre civilisation, notre espèce sont en péril. Je ne crois pas qu’il faille « sauver » notre civilisation mais la transformer. Notre mode de vie, notre course effrénée au « toujours plus » nous ont conduits dans l’impasse où nous sommes, et l’espèce humaine sur cette belle planète ne pourra survivre que si nous faisons un virage à 180°. Nous avons le choix, où nous le faisons en conscience et la transition peut être plus « douce » ou nous ne voulons rien lâcher et la transformation se fera dans la douleur, comme les crises que nous rencontrons dans notre vie qui nous invitent à une remise en cause et une évolution si nous savons les écouter et les traverser en conscience. C’est vraiment là que nous sommes aujourd’hui. Et cette révolution/évolution ne peut partir que de chacun de nous. Nous devons commencer là où nous sommes et regarder à l’intérieur de nous en particulier ce que nous n’avons pas envie de regarder, faire face à nos monstres tapis dans l’ombre et qui souvent se déguisent pour ne pas être reconnus. Ca demande de l’engagement, du courage, de la détermination, de la foi. Mais notre avenir en dépend. Si nous ne sommes pas capables de faire face à notre ombre, alors les racines de la violence qui détruit le monde nous agiront aussi et nous projetterons cette violence inconsciemment autour de nous. Assumons tout ce que nous portons en nous pour transformer l’énergie de cette violence en une énergie d’action positive. Il y a des actions à mener et ça demande de l’énergie.

La transformation de notre monde et sa survie dépendent aussi de notre capacité à intégrer la dimension spirituelle dans notre vie. Si nous continuons à mettre en avant une vision matérialiste, alors il n’y a aucune raison que ce que nous avons mis en place change. Dans cette vision « le monde, la nature, la vie sont là pour satisfaire mes besoins et moi je suis là pour en jouir quelqu’en soit le prix puisque la vie est courte et que je veux en profiter. Après, c’est le néant. Si au contraire, je suis sensible à l’intelligence et la beauté de la vie et que je sais que l’esprit inspire tout cette manifestation, alors je veux participer à cette intelligence, à l’évolution de cette Conscience qui nous réunit tous. »

Nous sommes tous interconnectés, tous frères et il n’y a pas de salut individuel. Au moment où j’écris ces lignes, je suis dans un hôtel à Amsterdam où juste au-dessus du comptoir de la réception, on peut lire cette phrase « Everybody should like everybody » (Tout le monde devrait aimer tout le monde). Ca m’a fait sourire parce que les « on devrait » ou « il faudrait » me crispent toujours un peu, dans la mesure où ils n’ont jamais réussi à changer le monde ni nous changer nous. Mais j’ai aussi trouvé que dans un lieu comme ça, c’était assez inattendu et ça mettait une touche d’humanité et de cœur plutôt sympa et positive. Alors je ne sais pas si tout le monde devrait aimer tout le monde, mais en tous cas, je peux reprendre ça à mon compte et regarder ce qu’il se passe quand « je n’aime pas ». De quoi est-ce que je me coupe ? Qu’est-ce que je refuse ? C’est le moment de tourner mon regard vers l’intérieur de moi et voir ce qui s’y raconte  à propos de ce que je n’aime pas, de ce qui m’énerve, et surtout de ceux que je n’aime pas ou qui m’énervent.

C’est à cette réconciliation en profondeur que nous invitent des rituels tels que Ho’oponopono ou les Cercles de Pardon d’Olivier Clerc. Là où il y a de la division, recréer de l’unité.

Et si nous voulons agir dans le monde pour recréer un monde plus humain, plus vivable, plus solidaire, il est important que nos actions partent d’un espace en nous ouvert sur cet infini que nous sommes. Trop souvent nos actions ne sont que des tentatives pour compenser les manques d’un ego en souffrance ou en manque de reconnaissance ou pour réparer quelque chose. Alors elles ne véhiculent pas toute la dimension de l’amour, du partage et de l’élan créateur qui ne peuvent venir que de notre dimension spirituelle incarnée.

Si nous arrivons à nous relier consciemment à tous ceux qui veulent cet autre monde, si nous favorisons consciemment cette interconnexion, alors nous augmenterons nos chances de créer ce monde que nous désirons pour nos enfants et nos petits enfants.

Dans cette communauté transpersonnelle, nous savons créer un champ unifié d’amour et de reliance et ouvrir notre cœur dans sa dimension horizontale autant que verticale et c’est ce champ-là qui va nous insuffler l’action juste au moment juste. C’est une immense responsabilité et une grande chance que d’en avoir conscience.

Et comme le dit Pierre Rabbhi « Il faudra bien répondre à notre véritable vocation qui n’est pas de produire, de consommer sans fin, mais d’aimer, d’admirer et de prendre soin de la vie sous toutes ses formes. »

Alors célébrons la vie sans cesse, exprimons notre gratitude pour tous les cadeaux que la vie nous offre, qu’ils nous plaisent ou non, et gardons nos cœurs ouverts.

Bernadette Blin